Se débarrasser des « vaches sacrées »

Les vaches sacrées encombrent les estrades et les allées de nos lieux de cultes évangéliques. Si nous n'y prenons garde, elles nous empêcheront de mener à bien la vision qui est la nôtre...

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Les vaches sacrées sont partout, encombrant estrades, couloirs et allées de nos lieux de cultes évangéliques. Inévitables, meuglant sans cesse quand il ne faudrait pas, elles sont là depuis tellement longtemps que personne n’ose plus les déplacer. Si nous n’y prenons garde, comme en Inde, elles nous couvriront de ridicule et nous empêcheront de mener à bien la Mission qui nous a été confiée : faire de toutes les nations des disciples… (rediffusion d’un article publié en 2003 sur voxdei)

« L’Enlèvement »: la première vache

La première de ces vaches sacrées a pour nom « L’Enlèvement ». Entendez-moi bien, je ne voudrais pas ici vous dire que la « glorieuse espérance » ne surviendra pas. Loin de moi cette idée. Je voudrais seulement vous rappeler que, Bible en main, les personnages qui ont été enlevés ont tous satisfait au plus haut point les exigences divines : il s’agissait d’hommes remarquables (Enoch, Noé, Elie et… Jésus). Les milieux qui professent attendre un « Enlèvement » semble dire qui ce serait la part d’un grand nombre de personnes : rien n’est plus faux dans la pensée biblique. S’il y a en effet beaucoup d’appelés, peu nombreux sont ceux qui se qualifient, qui « courent » pour tenter de gagner Christ. D’autre part, cette croyance largement répandue sans être assortie des exigences de sainteté qui l’accompagnent engendre la PASSIVITÉ. Dieu en effet ne nous a jamais garanti d’être victorieux DE l’épreuve, mais d’être victorieux DANS l’épreuve. Le croyant moyen sur cette terre subit la tribulation et la persécution dans des nations hostiles à l’Evangile. Quel orgueil pour le chrétien Occidental que de croire que la tribulation lui sera épargnée à lui seul, sous prétexte que les « vainqueurs » échapperont à la Tribulation. Ceux qui prétendent que l’Eglise sera enlevée au moment de la Tribulation sont, ainsi que le disaient frère André et Corie Ten Boom (qui en connaissent un rayon en matière de persécution) de faux prophètes. Ils affaiblissent la foi des chrétiens, leur font tourner les yeux vers des lubies sans les préparer à TOUTES les réalités qui attendent les enfants de Dieu – et dont la persécution fait partie. Si nous plaisons à Dieu, nous serons prêts à partir avec Lui, que ce soit au début, au milieu ou à la fin de ce que les dispensationalistes nomment la Tribulation (vue d’ensemble de cette école de pensée sur le site de notre ami Yvan Rhéault). Si nos pensées sont possédées par Lui, nous ne serons jamais pris en défaut. Mais si venait la tribulation à cause de Son Nom, nous serions insensés de croire qu’elle nous épargnerait: au nom de quoi? Le Seigneur reviendra, et Sa rétribution avec Lui: soyons fidèles, car celui qui vaincra héritera les plus hautes et les plus précieuses promesses.

« Dieu permet »: la vache qui campe près de l’issue de secours

Cette vache-ci est pesante et avachie par son grand âge. Elle s’installe souvent près des issues de secours. Dire que « Dieu permet » n’est pas faux, et reste à mon avis une explication « humaniste » de la pensée divine. La formule « Dieu permet » est un euphémisme, c’est à dire une dissimulation de la vérité gênante sous des mots « polis » qui, en définitive, ne permettent pas de « dire le vrai ». Il suffit de regarder les commentaires de notre sondage de la semaine (raz de marée en Asie), pour voir comment certains ont peur, s’excusent même, de présenter les exigences de Dieu: « Si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous également » (Luc 13). Dans les jugements de grâce de Dieu, il n’y a pas de place pour le « oui » et le « non », en sorte qu’il y ait du doute en Lui. Ce que Dieu veut, Sa volonté, c’est que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Il serait totalement insensé celui qui dirait: « Voici ce que je veux que vous fassiez: vous repentir. Mais si vous n’y arrivez pas, sachez quand même que je patienterai encore… » Cette annonce-là n’aurait-elle l’effet contraire à l’objectif recherché? Elle serait une issue de secours, un trou de souris ménagé à la chair. La « volonté permissive de Dieu » permettrait, à celui qui n’a pas vraiment le désir de se consacrer à 100% de se réserver tout de même, au dernier moment, un petit échappatoire. Vous, les timorés, qui proclamez sans cesse que « Dieu permet », permettez-moi de vous demander: et si tout cela n’était qu’un prétexte pour justifier la tiédeur et le compromis? Si tout cela n’était qu’un moyen d’échapper à nos responsabilités, qui sont de prêcher la repentance immédiate à toute créature, que les circonstances soient favorables ou non? Non, ce n’est pas parce que Dieu sait de quoi est fait l’homme qu’Il tolère et justifie le péché: c’est le pécheur qui se repent qu’Il justifie.

« Les bâtiments »: la vache qui dort sur l’estrade

Je vais faire grincer quelques dents, mais je vais vous donner fond de ma pensée: l’immense majorité de ceux qui sont engagés ou souhaitent s’engager dans des projets immobiliers de grande envergure se fourvoient totalement. Ils agissent par crainte ou par orgueil. J’ai entendu parler d’un projet qui devait être initié sur une ville française, qui coûterait à une dénomination 1 million d’euros. Vous lisez bien. Quel orgueil insensé anime ces pasteurs qui préparent, par imitation de ce qui s’est produit en Corée ou aux USA, d’immenses bâtisses « en prévision de » la grande moisson d’âmes qui est sensée arriver (et gloire à Dieu si elle arrive !). Pourtant paradoxalement, ces personnes sont aveuglées car elles ne voient pas le véritable état spirituel de leurs ouailles. Souvent, ce sont des milieux où l’on prétend que les chrétiens ne peuvent être influencés par les démons. Le plus dramatique pour ceux qui ont des yeux pour le voir, c’est qu’un grand nombre de croyants dans ces milieux sont liés justement par les démons, et par les pires d’entre eux : les démons d’hypocrisie religieuse. Faire bouger la vache sacrée de l’adulation des lieux de culte requiert, pour celui qui s’en sent le fardeau, un appel comparable à celui de Jérémie ou Ezéchiel. Parler à ceux qui ne veulent pas entendre et que l’on ligote entre 4 murs en leur injectant la crainte par une mauvaise interprétation de versets tels que celui-ci: « Ne quittez pas votre assemblée », nous expose à être persécutés par les esprits religieux qui tiennent ces églises. Sur ce verset particulier, celui qui a des yeux pour voir comprendra sans peine que la Bible dit en fait « Ne cessez pas de vous rassembler » (entre frères et soeurs). Ce qui honore Dieu, ce sont les rassemblements qui dépassent le cadre plat, froid et rigide des… murs en béton. Le béton est parfois utile, mais il n’est qu’un moyen et non une fin. Ceux qui disent le contraire le font pour une autre raison…

La vache qui carbure aux statistiques

Et cette raison, ce sont les statistiques. Les enclos et les parcs à bestiaux doublés d’ustensiles de comptage compliqués, sont proscrits par Dieu. David s’est vu frappé sévèrement pour avoir osé un dénombrement (1 Chron. 21). « Compter, compter, peser, mesurer » n’a souvent qu’un seul but : nous rassurer et montrer à nos financeurs que nous avons bien effectué « notre » boulot. Pourtant, la Bible montre bien que le nombre n’est pas toujours le gage de l’approbation divine, loin s’en faut. Christ serait alors le type-même du « leader-loser » (nous parlerons bientôt également de ces « néologismes archaïques » de commerciaux de l’évangile): s’il draina la foule après lui, il ne fit que 70 disciples, n’en choisit que 12, parmi lesquels il en privilégia 3, dont finalement un seul put poser la tête sur sa poitrine, et eut le courage de se tenir devant Sa croix à l’heure finale. Je suis encore à me demander si, parmi tous ceux qui carburent aux statistiques, il n’y a pas une majorité d’hommes vains qui ne font cela que pour récolter de l’argent et dont les fruits seront peut-être bien plus maigres qu’on ne soupçonne. Car en effet, les réalités les plus profondes, les réalités éternelles, comment les évalue-t-on? Parmi ces églises aux milliers de membres, combien de responsables font-ils l’expérience de la sainteté, et le répercutent-ils à leurs fidèles? C’est un peu ce qui est ressorti de notre entretien avec un pasteur américain de « mégachurch »… Ne prenez pas le risque, amis serviteurs de Dieu, d’avoir couru en vain. Il existe un seul carburant qui vous permettra d’avancer: c’est l’humilité. Et une seule chose remplira votre compte en banque pour faire l’oeuvre que Dieu vous aura demandé: l’obéissance. Mais faire connaître vos besoins aux hommes vous place d’emblée sur le terrain de la chair, et fait de vous ipso facto des serviteurs de l’homme, des mercenaires, payés pour leur caresser les oreilles de choses agréables. Vous me trouvez excessif? Je vous dirai seulement que je suis prudent, et que je préfère m’en tenir à la Bible: Dieu, par elle, nous a tout annoncé d’avance…

« Dieu ne se repent ni de ses dons ni de son appel »: la vache qui a un parachute mais a peur de l’avion

Il est une doctrine qui, si elle honore Dieu et Sa fidélité (l’assurance du Salut est en effet un don gratuit et glorieux) peut également engendrer la passivité et… la tolérance du péché. Appliquée à l’excès à un individu, cette doctrine pourrait amener celui qui vit dans le péché à se croire justifié, comme nous l’avons déjà dit. Que Dieu ne se repente pas d’avoir appelé les gens ne signifie pas qu’Il regrette ou qu’Il cesse de les appeler ! Sa voix continue de se faire entendre et c’est celui-là seul qui CHOISIRA de se détourner de son péché qui sera justifié, et non celui qui l’aura été une fois et dont toute la justice aura été oubliée par cause de vie dans le péché (Ezéch.18). Au niveau des serviteurs de Dieu, il est totalement faux de dire que celui qui a eu un don un jour le conserve toujours, malgré sa chute dans le péché. Prenez une bouteille d’eau dont le bouchon aurait sauté. Certes la capacité de contenance demeure, certes du liquide peut entrer en elle, mais l’eau est alors salie, imbuvable ! « La même source ne fait pas jaillir de l’eau douce et de l’eau amère » (Jacques 3;11). Non, cette théologie ne « tient pas la route »! C’est une hérésie pure et simple, un prétexte pour nous faire tolérer des ouvriers qui ne sont plus dignes, des prodiges qui détournent les yeux du Créateur. Car ces fausses assurances n’ont historiquement produit qu’un seul résultat: elles ont fortifié les mains des pécheurs, dressé des paravents et des tolérances coupables au péché, elles ont construit des doctrines « en dur » à l’endroit où Acan avait posé la tente couvrant son péché.

Conclusion: Prendre le taureau par les cornes

Je m’adresse maintenant à tous ceux qui aspirent à la Jérusalem céleste, et qui soupirent et gémissent, dans la « Jérusalem terrestre », après toutes les abominations qui s’y commettent (Ezéch. 11). Je m’adresse à toi serviteur et servante de Dieu, qui ressens le fardeau et la responsabilité des âmes: que Dieu te donne la sagesse et la force de poser ta main sur la charrue de la réforme sans regarder en arrière. Que Dieu te donne la détermination pour aller jusqu’au bout, et un collyre pour ouvrir tes yeux. Ainsi tu pourras dignement affermir ta vocation dans la Vérité de la Parole de Dieu, et mener les brebis que Dieu t’a confié vers les pâturages promis, leur enseignant TOUTES les exigences de la Parole de Dieu, au temps convenable.

"Dingue" de Jésus, en chemin avec Lui depuis 34 ans, pionnier du web chrétien depuis 25 ans, père de 6 enfants, Nicolas habite en région bordelaise. Il est connu pour ses blogs d'investigation, ses interviews sans concession et ses chroniques radio conservatrices.

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