Les chevaux du Roi, un appel à la jeunesse

Cette parabole édifiante sur le brisement est l'oeuvre de John Miller, le revivaliste américain qui fonda la mission Peniel en Argentine dans les années 1950.

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L’histoire se déroule dans un beau et riche domaine où les collines verdoyantes et fertiles sont sillonnées de courants d’eaux. Dans ce décor idyllique, deux poulains jouaient en toute liberté. Jamais ils n’avaient connu autre chose que cette vie d’insouciance. Le poulain noir s’appelait Blacky et l’autre, à la robe noire et blanche, Pinta.

Un jour qu’ils trottaient tous deux dans le vaste domaine, ils virent un nuage de poussière au loin sur une route. Intrigués, ils s’en approchèrent. Soudain, ils virent quelque chose de tellement beau qu’ils n’auraient jamais cru cela possible : un carrosse tiré par six coursiers blancs immaculés, étincelant dans la couleur dorée du soleil levant.

Les poulains s’approchèrent pour détailler sa beauté et sa finesse. A l’intérieur, des rideaux pourpres ne laissaient rien entrevoir. Ce carrosse royal revenait d’un long voyage dans les terres lointaines et se rendait, au sein-même du vaste domaine, dans le palais du roi. Comme le carrosse avançait lentement, les poulains entendirent distinctement une voix venant de l’intérieur commandant au cocher de s’arrêter et de reposer les chevaux.

Le carrosse ayant stoppé directement devant eux, les poulains purent à loisirs examiner les coursiers. Ils remarquèrent tout particulièrement le plus vieux. Le cocher lui parlait affectueusement, comme à un prince. Les cinq autres chevaux, plus vigoureux, portaient également sur eux le poids des années. Autrefois, ils auraient galopé d’une traite jusqu’au palais, mais maintenant que leurs forces déclinaient, le roi, avec beaucoup de tendresse, les laissait se reposer.

Devant cette scène incroyable, les poulains qui n’entendaient rien aux carrosses et aux harnais, s’agitèrent. Ils commencèrent à hennir, à piaffer en galopant d’un côté et de l’autre, invitant les coursiers à les suivre. Les poulains ne comprenaient pas pourquoi les coursiers restaient calmes au lieu d’aller avec eux jouir de leur liberté. Mais ces six coursiers avaient appris quelque chose que les poulains ne connaissaient pas : ne pas bouger et rester tranquille jusqu’à ce qu’ils aient entendu les ordres du maître. Alors le roi donna une instruction et les chevaux du carrosse reprirent leur marche vers leur destination.

Blacky et Pinta retournèrent au plaisir des vastes prairies, des ruisseaux, et à leur liberté, jusqu’au moment où ils furent capturés au lasso et traînés jusqu’aux écuries du palais. Là, ils furent enfermés dans un enclos pourvu de hautes barrières et de portes fermées à clef. Pour la première fois de leur existence, ils se sont retrouvèrent emprisonnés. En vain essayèrent-ils de s’enfuir : leurs efforts les laissèrent assoiffés, affamés et sans forces. Finalement, vaincus et résignés, ils acceptèrent leur sort. C’est alors qu’ils virent un homme entrer dans l’enclos. Ils reconnurent le cocher du carrosse qu’ils avaient vu sur la route. Immédiatement, il commença son travail de dressage. Il utilisa des cordes, des mors et un fouet – équipement étrange qui limita Blacky et Pinta, les bloqua dans leurs mouvements, et changea irrémédiablement le cours de leur vie.

Le cocher leur fit très peur : il ne faisait désormais aucun doute qu’ils allaient apprendre la discipline. Tous les deux, très tristes, regrettaient leur liberté perdue. Cet endroit avait néanmoins quelque chose de différent, presque beau même, ce qui, malgré la formation rigoureuse, rendait les choses agréables. Pour commencer, la nourriture était délicieuse et très nourrissante, et la saveur de l’eau était si particulière qu’elle étanchait leur soif en les rendant heureux. Mais, malgré l’avancement des leçons de dressage, la liberté, les champs et les ruisseaux manquaient toujours à Pinta. Un jour que la porte avait été laissée ouverte, Pinta sauta sur l’occasion. La nuit tombait et ce fut sans grand effort qu’il reprit le chemin de la liberté. Il sa tourna vers son compagnon dans l’espoir que celui-ci le suivrait, mais Blacky resta à l’intérieur, malgré les hennissements de Pinta. L’occasion était unique, mais quelque chose dans cet endroit retenait Blacky. Était-ce la nourriture ? L’eau ? La voix du cocher ? Sa tendresse malgré la rigueur ? Blacky prit la première grande décision de sa vie : il renonça à sa liberté.

Le matin suivant, le cocher vit que la porte était ouverte et s’aperçut de l’absence de Pinta. Il trouva Blacky, tête basse au milieu de l’écurie. Il sourit et, à compter de ce jour, ne l’enferma plus jamais, comme pour lui dire « si tu veux partir, tu peux ! » A compter de ce jour également, le cocher dresseur plongea chaque soir Blacky dans un bain rempli d’un liquide rouge. Blacky n’avait aucune idée de ce que c’était. Cela faisait partie de la routine et lui était indiffèrent. Pourtant, durant les sessions de formation, le fouet ne claquait plus et la seule exigence était d’apprendre à obéir à la voix du maître. Il comprit rapidement le sens des mots « promenade », ou bien « galop ».

La formation se poursuivait, ainsi que les bains quotidiens dans le liquide rouge. Blacky voyait souvent les coursiers majestueux et d’une blancheur immaculée. Il les admirait d’autant plus que lui même arborait une robe d’un noir intense.

Le temps passait, il continuait de grandir et devenait de plus en plus fort grâce à la nourriture qu’on lui servait. Un jour, il se fit une grande agitation: Prince, le premier des chevaux, venait de mourir. Blacky le respectait et, malgré son âge, il était encore très beau et d’une blancheur éclatante. Toute cette beauté était rendue encore plus éclatante par les ornements avec lesquels le cocher décorait son harnais.

Plus tard, le roi entra dans l’écurie et Blacky le vit enfin, pour la première fois. Le roi parla longuement avec le dresseur, et ils s’approchèrent de Blacky. Le roi l’examinait attentivement, la tête inclinée et Blacky fut amené par la cocher dresseur dans la cour du palais, où attendait le carosse royal. Seuls cinq chevaux y étaient attelés et non six pour le tirer. Comme le harnais de Prince était vide, le dresseur y mit Blacky, l’embellissant avec tous les ornements. Le roi revint et parla a Blacky, lui disant: « Maintenant tu es propre. » Blacky ne comprit pas, mais il se rendit soudain compte que quelque chose s’était passé en lui. Ces bains quotidiens dans le liquide aussi rouge que du sang avaient lentement changé la couleur de son manteau. Le changement s’était produit tellement lentement qu’il ne s’en était pas rendu compte: il brillait maintenant, aussi blanc que le reste des coursiers du roi.

Le carrosse du roi partait souvent en voyage. De nouveaux chevaux blancs prenaient la place qu’avait quitté leur prédécesseur. Un jour, rentrant de voyage, le cocher s’arrêta le long du chemin et tandis que tout le monde se reposait, il entendit un hennissement au loin. Ils regardèrent autour d’eux et virent Pinta. Mais il n’était plus aussi beau qu’auparavant: il était maigre, sa robe s’était ternie et assombrie. Le rachitisme et le mal qui le rongeaient laissaient présager de sa mort prochaine: tandis que les chevaux du roi avaient chaque jour reçu leur nourriture dans les écuries, la terre avait connu une longue période de sécheresse. Et la liberté de Pinta n’avait pas suffit pour lui permettre de trouver eau et nourriture.

En contemplant ces chevaux robustes et d’une blancheur éclatante, Pinta se lamentait sur son propre sort: « Oh! Comme je voudrais être l’un d’entre eux, mais c’est impossible. Ils sont d’un blanc étincelant et je ne suis pas comme eux. Le roi est injuste, il choisit seulement ceux qui ont quelque chose de spécial. » Pinta ne reconnut pas non plus celui qui, jadis, était son compagnon à la robe si noire.

Pinta avait vécu sa vie en liberté, et dans sa liberté, il mourut.

Pendant des siècles, le carrosse du roi a parcouru les routes de la terre, tiré par ces chevaux blancs dressés dans la souffrance et dans la peine. Aujourd’hui, dans cette génération, les chevaux qui tirent le carrosse vieillissent et dans les enclos rares sont ceux qui acceptent le dressage. Nombreux sont pourtant ceux qui entrent dans l’enclos, mais dès que la formation devient rude et la discipline sévère, ils s’empressent de reprendre leur liberté. Dans les écuries du roi, la nourriture est délicieusement nourrissante. Quelques temps suffisent pour blanchir sa robe avec le sang de l’agneau, apprendre la langue du maître pour le comprendre et obéir à ses ordres. Je me demande si ce carrosse de la gloire de sa présence parviendra à ta génération. Il s’est présenté à ma génération grâce à des chevaux qui l’y ont amené, car il venait de très loin. Mais pour que le carrosse du roi parvienne à ta génération, c’est à toi de le tirer. Blacky, c’est toi. Pour que la génération suivante connaisse ce que j’ai connu et voie ce que j’ai vu, quelqu’un devra accepter de perdre sa liberté, d’être bridé, arnaché et d’obéir aux ordres du roi pour n’aller que là où il veut et ne plus faire que ce qu’il veut.
Ce quelqu’un, sera-ce toi?

texte original

"Dingue" de Jésus, en chemin avec Lui depuis 34 ans, pionnier du web chrétien depuis 25 ans, père de 6 enfants, Nicolas habite en région bordelaise. Il est connu pour ses blogs d'investigation, ses interviews sans concession et ses chroniques radio conservatrices.

2 commentaires

  1. superbe et motivante histoire qui explique ce qu’est l’obéissance face à la prétendue liberté

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