Parler de l’homosexualité, interview de Philippe Auzenet

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Déjà auteur de plusieurs ouvrages, Philippe Auzenet nous revient avec un nouveau livre: Parler de l’homosexualité. Sans stigmatiser les personnes qui vivent cette épreuve et sans dire qu’il faut accepter leur état comme « normal » dans nos milieux, Philippe propose une voie alternative: l’action intelligente. Il nous présente son ouvrage et surtout l’action de l’association qu’il lance sur ce sujet délicat.

Parler de l’homosexualité

320 pages
13.30 euros sur le site de la Fnac

1/ Philippe Auzenet, tu viens de sortir un nouveau livre, cette fois-ci sur un sujet délicat pour nous évangéliques : « Parler de l’homosexualité ». Tu trouves qu’on n’en parle pas assez ?

Dans nos milieux chrétiens, c’est vrai qu’on n’en parle pas assez, on fait comme si le problème n’existait pas, car il est gênant, ou alors on en parle intellectuellement et d’une manière fragmentée donc incomplète, mais parfois aussi très maladroitement, avec légalisme. Mon but, en écrivant ce livre, a été de rassembler tous les éléments de réflexion utiles, afin que d’une part les personnes homosexuelles, et d’autre part leurs accompagnateurs chrétiens puissent disposer de ressources et de clés suffisantes pour aller de l’avant, avec équilibre, loin des extrémismes.

Dans les milieux non-chrétiens, on parle de l’homosexualité, mais soit avec une connotation homophobe, soit parfois avec un désir de faire la promotion de l’homosexualité ; là encore l’information est fragmentée, voire pas objective du tout car on dit seulement ce que l’on veut bien dire… c’est-à-dire : « tu es un malade, un pervers » ou « tu es bien comme cela, tu ne devrais pas t’angoisser et penser que tu as un problème, car tu n’as pas de problème ! ».

2/ Quelle est la genèse de ton projet de livre, paru aux Editions du Jubilé – Le Sarment dans la collection « Guides Totus », distribué, s’il te plaît, par Hachette ! C’est donc un projet sérieux, juridiquement et psychologiquement blindé, et pas le travail d’un « sniper légaliste » planqué derrière son buisson ? 

Mon livre est paru après des années de recherche dans ce domaine, et après un travail pastoral approfondi auprès des personnes homosexuelles. Il est le fruit du temps, et de mon écoute des gens qui sont sur le terrain. Je pense que le contenu est sérieux, car j’ai toujours vérifié ce que j’écris, et ce que j’écris correspond globalement à la réalité du vécu des personnes homosexuelles. D’autre part, j’ai tellement reçu de messages de détresse de personnes évoluant dans l’homosexualité, que j’ai voulu écrire un livre pour elles, afin de leur donner des points de repère. Elles n’en ont que peu, surtout les chrétiens qui errent durant des années avec leurs pulsions ! Ils pensent que Dieu les rejette à cause de leurs attirances, alors que c’est faux. Dieu rejette la pratique de l’homosexualité, mais pas les personnes sincères qui veulent apprendre à gérer leurs attirances sentimentales et sexuelles ! 

3/ On le trouve donc comme les précédents, à la FNAC et dans les grandes librairies ? Il vaudrait presque mieux que les chrétiens le demandent dans ces lieux, pour lui assurer une meilleure visibilité, n’est-ce pas?

J’ai la chance d’avoir un éditeur parisien qui a un grand réseau de distribution, puisqu’il travaillait auparavant comme chef du département religieux des Editions Fayard… maintenant il est indépendant mais a conservé ce réseau de distribution (Hachette). Je suis très heureux qu’on trouve mes livres dans tous les pays francophones grâce à ce réseau. J’ai beaucoup de contacts avec mes lecteurs…

4/ L’hebdomadaire Réforme vient de questionner trois pasteurs représentants de 3 courants du monde évangélique sur la question de l’homosexualité. Leurs réponses de normands sont assez symptomatiques du climat de trouille qui règne dans notre société, et dans nos églises, autour de ces questions. Toi, tu ne condamnes pas l’homosexuel. Cela signifie-t-il que tu as arraché des pages dans ta Bible?

Entendons-nous bien : Dieu hait le péché mais pas la personne qui pèche ! Je suis pour le dialogue, et je milite pour le respect des personnes homosexuelles, comme je le fais aussi en général pour tous ceux et celles que je croise chaque jour dans la société. Je suis contre le sexisme, qui est le fait d’avoir une attitude discriminatoire fondée sur le sexe des personnes. Un être humain ne doit jamais être assimilé à sa sexualité, il est davantage que sa sexualité quelle qu’elle soit ! 

Quant à la trouille qui règne dans nos milieux chrétiens devant les questions que pose l’homosexualité, elle démontre tout simplement une méconnaissance de cette problématique et un manque d’intérêt et d’amour envers ces personnes. Il est facile d’isoler tel ou tel verset de la Bible pour rejeter les personnes homosexuelles et leur interdire l’accès du Ciel ; ceux qui font cela n’ont pas encore compris qu’à côté de ces versets il faut lire et intégrer que Dieu est bon et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté… et que les publicains et les prostitué(e)s repentis nous devanceront dans le Royaume de Dieu ! 

Pour interpréter un verset de la Bible, il faut le placer en complémentarité avec le message global de l’Evangile qui est la bonne nouvelle. Et j’aimerais vous annoncer une bonne nouvelle : c’est qu’il y aura beaucoup de personnes sincères, qui ont souffert de leur homosexualité latente, et ayant entamé un cheminement de vérité et de repentance, qui hériteront du salut de Dieu !!

5/ L’homosexualité, c’est quoi ? C’est génétique comme le prétendent certains chercheurs? Quel est le processus que suit un hétérosexuel pour devenir « homo »?

A l’heure actuelle nous n’avons aucune preuve fiable que l’homosexualité soit génétique. Beaucoup de recherches se sont « cassées le nez » et n’ont pu fournir d’élément crédible et sûr. Il serait d’ailleurs trop facile de penser que l’homosexualité est liée à un gène, cela crédibiliserait la thèse selon laquelle l’homosexualité serait une fatalité irréversible chez les personnes. Ainsi pourrait-on justifier ce slogan que je n’approuve pas : « Homosexuel un jour, homosexuel toujours ».

Beaucoup de personnes homosexuelles n’étaient pas hétérosexuelles à l’origine, ou du moins elles disent ne pas l’avoir vécu comme tel. Elles ont découvert leurs pulsions et leurs attirances sentimentales et sexuelles de la même manière que les hétérosexuels découvrent les leurs. Puis elles se sont trouvées progressivement devant une réalité : leur préférence va vers les personnes du même sexe qu’elles. On peut définir comme homosexuelle toute personne qui est sentimentalement, érotiquement et sexuellement attirée majoritairement vers les personnes du même sexe qu’elle, dans la durée, et après avoir passé par le stade de l’orientation sexuelle, puis de la fixation de cette identité. On considère qu’approximativement 5% des hommes sont ainsi, et 2% des femmes.

6/ Les médias renvoient une image des « gays » que tu dénonces. En réalité, les « gays » sont souvent malheureux. Comme la députée Christine Boutin te le disait après que tu lui aies envoyé ton livre, « C’est l’un des grands enjeux du 21e siècle au sujet duquel il faut informer nos concitoyens ». A quoi est due selon toi cette détresse de la personne homosexuelle ?

Silence, honte, peur, angoisse, invisibilité, solitude, déprime, mensonge, souffrance, haine de soi. Dix mots – dix mots qui décrivent le drame quotidien de la majorité des adolescents gays. 80% d’entre eux mènent une double vie et se disent mal dans leur peau.

La plus grande crainte d’un jeune, lorsqu’il découvre sa préférence homosexuelle, est non seulement liée à son mal-être intérieur personnel grandissant – il ne se sent pas comme les autres et cela l’angoisse -, mais aussi au fait d’être jugé négativement, d’être rejeté, de ne pas être compris. Il est vrai que des plaisanteries douteuses de toutes sortes sur les homosexuels fusent encore à tout moment et dans tous les milieux. Il s’en suit pour certains une honte et un rejet de leur être, lorsqu’ils découvrent leurs penchants homosexuels, qu’ils pensent ne pas pouvoir réprimer ou réorienter. « Non, pas ça, pas moi ! ». 

Mais il y a davantage : pour certains, le choc est tellement important lorsqu’ils découvrent la vérité sur eux-mêmes à ce sujet, qu’ils peuvent entrer :

   1. dans une victimisation définitive. Il y a en effet bris intérieur, fracture, perte et arrachement, sentiment d’être victime d’une intrusion, que l’on n’a ni choisie ni mesurée. C’est un choc psychologique et physique terrible qui est subi de plein fouet.

   2. dans un sentiment de deuil. Un état de morbidité peut même s’installer, avec des pulsions masochistes et de vengeance. La personne flirte parfois avec le deuil et la mort.

   3. dans le déni et le doute. Le déni ou le doute peuvent durer plusieurs années, jusqu’au moment où la réalité s’impose sur le tard. En attendant, la personnalité s’est comme fragmentée partiellement, certains secteurs n’ont pas pu opérer un mûrissement nécessaire.

   4. la colère et le sentiment d’injustice. Cette colère est souvent secrète et refoulée, elle ronge la vie intérieure. Elle s’accompagne de sentiments de rébellion, et peut conduire à la marginalité.

   5. le marchandage (« Je vais procéder de telle et telle manière, et ça va partir »). Ce marchandage conduit parfois au désespoir et au suicide, lorsque le sujet s’aperçoit que tous ses efforts sont vains.

   6. le sentiment d’impuissance et la désorganisation. Le sentiment d’impuissance tend à faire entrer dans un état dépressif. Plus rien n’a de goût, la vie est désorganisée et brisée.

   7. le rejet et la dévalorisation de soi. Le rejet produit une mauvaise image de soi, une dévalorisation, il bloque le processus de maturation de la personnalité, et favorise par la suite la rigidité du caractère et le côté fuyant (détachement émotionnel de protection).

   8. la honte. C’est le sentiment pénible et douloureux d’être diminué, à cause d’une humiliation, de moqueries, d’une crainte de ne pas être à la hauteur de l’attente des autres et d’être découvert et déshonoré devant eux. La honte favorise la duplicité, la confusion, la dissolution de l’identité, la peur, la détresse et la rage.

   9. la résignation et le fatalisme. Ce fatalisme peut devenir d’autant plus grand qu’il y a fréquentation du milieu homo, qui bien souvent ne croit pas à une évolution vers un changement lorsque l’on affirme être homosexuel.

   10. l’angoisse puis la dépression : 40 % des personnes pratiquant l’homosexualité ont des problèmes de dépression. L’avenir paraît bouché, la vie sans intérêt, alors les angoisses, la peur et le découragement s’installent, puis un état dépressif, parfois même une véritable dépression nerveuse. 

   11. la culpabilité. L’auto-accusation s’installe, puis la culpabilité. La culpabilité et le rejet engendrent la timidité et l’isolement social, le repli sur soi, la dissimulation, et l’enfermement dans une prison-ghetto inaccessible. Au niveau spirituel, cette culpabilité peut-être accentuée par une lecture fondamentaliste et légaliste de certains versets de la Bible. Elle peut l’être également par une confusion entre l’homosexualité et les personnes la pratiquant. Ces confusions peuvent entraîner un rejet non seulement de toute religion, mais de toute relation entre les êtres créés et leur Créateur, leur Source. Cela éloigne alors les personnes concernées de toute mise en éclairage de leur besoins fondamentaux, et d’un comblement de ces besoins pour leur bien et celui de leurs proches, mais aussi de la réinitialisation et de la redécouverte de leur identité profonde et d’alternatives possibles d’épanouissement relationnel et sexuel.

Cela donne lieu à l’émergence régulière de pensées du type « Dieu m’a créé comme cela, Il ne m’aime pas » ou « Je ne peux pas changer, et comme cela ne semble pas souhaité par Dieu, donc je me coupe de lui et des chrétiens ».

   12. la haine de la société et de l’Eglise. Cette haine de la société est accentuée par l’homophobie ambiante, et le fait qu’en arrière-fond, la société ne considère pas réellement les personnes pratiquant l’homosexualité comme des personnes à part entière.

   13. le désir de mourir. Beaucoup de jeunes pratiquant l’homosexualité font une tentative de suicide, la plupart ont entre 16 et 20 ans. 

7/ J’ai entendu à la radio le récit d’un homosexuel qui affirmait qu’en 5 ans, il avait eu environ 500 partenaires. C’est un cas isolé? Où est « l’amour » dans tout cela?

Le manque d’affection, la solitude sexuelle peuvent pousser des personnes hétérosexuelles ou homosexuelles à multiplier les partenaires. Dans le milieu gay, beaucoup (mais pas tous) ont un à deux partenaires par semaine. Faites le calcul ! Dans mes entretiens avec les personnes homosexuelles, il n’est pas rare que l’on me donne des chiffres compris entre 500 et 1000 partenaires au bout de plusieurs années dans le milieu. Certains se stabilisent en vivant en couple, mais même en couple on fait de temps en temps appel à un troisième partenaire occasionnel.

8/ Tu abordes aussi une question assez méconnue, celle de l’homosexualité féminine qui serait selon toi plus une réaction au « machisme » qu’autre chose. Le lesbianisme est donc une nouvelle forme de féminisme?

Non car l’homosexualité féminine a toujours existé. Cependant de nos jours je pense qu’elle est en partie amplifiée par le développement du féminisme.

9/ Tu proposes dans ton livre un chemin à celui qui veut s’en sortir. En cela, tu es totalement à contre-courant du discours actuel. Pourtant, tu ne donnes pas dans le piège libéral qui prétend qu’on peut être « chrétien et homosexuel ». Quels moyens préconises-tu aux personnes homosexuelles pour évoluer et changer si elles le désirent ?

Entendons nous bien : on peut être chrétien et se sentir attiré fortement par les personnes du même sexe que soi. On peut aussi avoir plongé dans la sexualité homosexuelle par le passé, ou la pratiquer au présent d’une manière compulsive, malgré soi. Mais être chrétien, par définition, c’est « être comme Christ », c’est donc tendre à lui ressembler, à être à son image et à sa ressemblance, et donc à la ressemblance de Dieu. Or selon les Saintes Ecritures Dieu a créé deux êtres pour s’unir, par l’alliance fécondante du masculin et du féminin. Il n’a pas créé ou suggéré l’alliance sexualisée du masculin et du masculin, du féminin et du féminin. Ceci est important. Si l’on veut ressembler à Jésus-Christ, on va tout naturellement se conformer à son enseignement contenu dans la Parole de Dieu, et donc librement abandonner la pratique de la sexualité homosexuelle.

Cependant la question demeure : mais que vais-je faire de mes pulsions homosexuelles si je suis un chrétien ? mon livre répond en partie à cette question, je donne des pistes que chacun peut explorer à sa guise. L’une des pistes et non la moindre c’est aussi de compter sur l’aide de Dieu.

Lorsque l’on veut évoluer et changer, et ceci ne peut être envisagé que d’une manière absolument volontaire, et claire au niveau de ses motivations personnelles, il faut accepter d’être accompagné, faire un long travail sur soi-même, et prendre résolument des chemins de sanctification. Plus j’aime Dieu, plus je tends à lui ressembler dans le temps. 

10/ Tu voudrais sensibiliser les églises à ces questions. Mais la peur de poursuites légales renvoie tout le monde dans le silence de l’omerta, et pendant ce temps, les cas de personnes en désespérance dans les églises se multiplient. Que faudra-t-il faire selon toi ?

Toute campagne d’information sur l’homosexualité qui masquera un courant d’homophobie ou un désir de promotion de l’homosexualité sera un échec, même sous le couvert du christianisme, de la religion ou de la foi. Faire de l’information, oui, mais alors de la bonne information ! 

La motivation doit être le désir d’aider, d’écouter, de conseiller avec amour et respect les personnes qui traversent ce cheminement, sans chercher forcément à les changer. C’est là où les églises ont une lacune. Peu de responsables spirituels sont formés à effectuer ce genre de travail, car peu d’entre eux sont en contact avec les personnes homosexuelles et les fréquentent, en les aimant d’un amour inconditionnel. Alors des erreurs sont commises, qui peuvent en effet être en effet punies par la loi en cas de plainte en justice.

Je pense qu’il faut faire de l’information avec compétence, sans esprit de rejet et de discrimination, à plusieurs niveaux complémentaires :

   1. auprès des adolescents, dont l’identité sexuelle n’est pas encore stabilisée : importance d’en parler ouvertement dans les groupes de jeunes des églises, dans les associations chrétiennes de jeunesse, et pourquoi pas dans les colonies ou camps de vacances.
   2. auprès des jeunes adultes, lorsque certains d’entre eux ont découvert leur attirance sentimentale et sexuelle majoritaire auprès des membres adultes des églises, pour arriver à aider ceux ou celles d’entre eux qui font face à des pulsions homosexuelles (et il y en a aussi parmi les personnes mariées avec enfants)
   3. auprès des parents, pour leur donner des bases sur ce qu’est l’homosexualité
   4. auprès des responsables spirituels des églises, des groupes de jeunes, des associations, et de toutes les personnes qui oeuvrent dans le service de Dieu, de près ou de loin

Le but de l’information doit être très clairement défini dès le départ. L’information doit être effectuée par des personnes qui connaissent bien la question, et qui sont délivrés de toute forme de légalisme et de dureté.

Pour pallier aux manques, j’ai d’abord ouvert un site Internet sur l’homosexualité : http://site.homosexualite.free.fr . Puis j’ai écrit un livre de 320 pages : « Parler de l’homosexualité » aux Editions du Jubilé – Le Sarment. J’ai achevé deux montages audiovisuels sur la question, qui seront des instruments efficaces pour m’accompagner dans les séances d’information. Et je me prépare à prendre mon bâton de pèlerin pour informer et former tous azimuts ! il y a un gigantesque travail à effectuer… une association nationale est en voie de création dans ce sens. Je lance ici un appel à toutes les bonnes volontés pour la rejoindre : nous aurons besoin de grands moyens, que seul le peuple de Dieu se donnera s’il veut chercher l’efficacité et la compétence dans ce domaine.

"Dingue" de Jésus, en chemin avec Lui depuis 34 ans, pionnier du web chrétien depuis 25 ans, père de 6 enfants, Nicolas habite en région bordelaise. Il est connu pour ses blogs d'investigation, ses interviews sans concession et ses chroniques radio conservatrices.

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