Quelques réflexions sur copyright et libération de l’Evangile

Je reviens, dans cette courte réflexion, sur un sujet dont je parle et reparle sans cesse depuis des décennies : la gratuité. Au risque de faire grincer quelques dents.

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De mémoire, je crois que c’est Benjamin Franklin qui a créé les bibliothèques publiques pour permettre à ceux qui n’avaient pas de moyens d’accéder à la culture. Il a toujours fallu un homme courageux pour se battre contre le copyright.

Dans les bibliothèques de lecture publique, un débat revient régulièrement : celui de faire payer le prêt de livre. Et on s’est rendu compte que partout où l’on fait payer pour emprunter un livre de bibliothèque, on enrichit les plus riches. Les lecteurs ne partent pas à la découverte de nouvelles choses, n’expérimentent rien de nouveau – ou presque : ils se rabattent, puisque c’est « payant », vers les valeurs qu’ils connaissent déjà. Et qui connaissent-ils déjà, si ce ne sont c’est-à-dire ceux qui sont déjà connus, en tête de gondole ? Le prêt gratuit favorise l’aventure, la découverte, la prise de risque.

Le site « La Baie des Pirates »

Je vais faire référence maintenant à un débat Facebook au sujet du film « Jesus Revolution », boudé par les cinémas, les églises et les médias chrétiens, mais disponible gratuitement sur les sites pirates. Echappant au circuit commercial habituel, il touche « par la bande » des centaines de milliers de personnes en France et en francophonie via le streaming de vidéos en ligne, cette évolution naturelle du partage des fichiers numériques. Considère-t-on que l’objet cinématographique est de la culture ? Alors il faut la « partager » librement, comme on le ferait dans une « médiathèque » d’un nouveau genre et « ôter les pierres », faciliter l’accès au plus grand nombre et, surtout, aux plus démunis.

Considère que le film est un produit régi par les lois de la propriété intellectuelle, alors le regarder en ligne est un vol – et c’est d’ailleurs le cas, puisque les sites de visionnage sont illégaux. Mais pourtant, le « streaming » a lieu, il est massif et rien ne l’arrête. Pire : des films accablés par la critique, censurés même, se retrouvent à concurrence égale des plus gros « blockbusters ». De petites productions indépendantes sont vues des millions de fois, comme le dernier film à la mode. Se pourrait-il que Dieu se serve alors de ces sites pirates ?

« Que Dieu te bénisse chichement »

Jésus fut le premier à interdire le copyright lorsqu’il a dit : « vous avez reçu gratuitement alors donnez gratuitement ». Et pourquoi l’a-t-il dit ? Notre époque a-t-elle suffisamment creusé la question ? Il fut un temps où, dans l’œuvre de Dieu, donner gratuitement l’Évangile était une nécessité absolue pour permettre qu’il soit plus facilement répandu. Dans notre siècle, une oeuvre libre de droits sera livrée aux puissants courants de la mondialisation numérique au lieu d’être « chichement » enfermée sous le verrou des droits d’un auteur qui, un peu hypocritement, se dira inspiré par un Autre.

Prenons l’exemple de l’incroyable succès de la bible Louis Segond, dont nous connaissons tous par coeur de multiples versets. Il ne tient pas tant à la qualité littéraire du texte (qui est indéniable) qu’au fait qu’elle était dépourvu de copyright. Les nombreux projets d’édition qui ont vu le jour autour de ce texte l’ont été à cause de sa gratuité; et c’est précisément ce qui a facilité sa diffusion.

Aujourd’hui, la gratuité ou le « copyleft » dont je fais la promotion depuis plusieurs décennies, n’est non seulement pas un idéal à atteindre mais elle n’est même plus un sujet dans les milieux chrétiens où tout le monde a quelque chose à vendre à tout le monde. Elle serait plutôt considérée comme un frein. Il faudrait refaire pour nos contemporains une exégèse des paroles de Jésus et de sa motivation lorsqu’il nous recommande (nous ordonne ?) la gratuité. Nous découvrions peut-être redécouvrir la marche par la foi de Charles Studd qui fonda la CLC, d’Hudson Taylor ou encore de George Müller qui permirent par leur exemple d’éviter certains écueils comme les égos démesurés ou les scandales financiers.

Parce que nous avons confié la gestion des églises et des missions chrétiennes à des « professionnels », la gestion par l’argent – et donc la discrimination par l’argent – est devenue la norme de mouvements évangéliques qui auraient tendance à se complaire dans les méthodes du monde. « Si ce n’est pas à vendre, c’est que ça ne vaut rien », dit l’Achitophel moderne, diplômé en psychologie.

La signature de J.S. Bach

N’avons-nous pas reçu un autre Esprit pour manifester un autre royaume ? Il y a ici un défi. Qui saura le relever pour la seule gloire de Dieu, comme signait Jean-Sébastien Bach à la fin de chacune de ses œuvres ? Si nous voulons que le monde se souvienne de nous dans plusieurs siècles, alors suivons ses traces. Et si la question de la postérité ne nous travaille pas, disons que le désir de vivre correctement sur cette terre pourrait nous pousser à devenir un « marchand dans le temple », un « mercenaire » qui brandirait le ticket de caisse de ses dépenses à un Dieu « mauvais payeur » qui a dit que ce n’est pas « aux enfants de payer pour les parents », mais bien l’inverse.

"Dingue" de Jésus, en chemin avec Lui depuis 34 ans, pionnier du web chrétien depuis 25 ans, père de 6 enfants, Nicolas habite en région bordelaise. Il est connu pour ses blogs d'investigation, ses interviews sans concession et ses chroniques radio conservatrices.

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